Solitude, isolement, inactivité : les conséquences sur nos animaux

«Solitude », « isolement », « enfermement », « inactivité », ces quatre mots sont violents. Vous ne vous sentez bien évidemment pas concernés par ça. Votre animal n’est pas maltraité. Certes, vous êtes sûrement de bonne foi. Et pourtant…

 

Que dire de vos chevaux, animaux grégaires, sociaux et nomades qui passent 23 heures sur 24 dans un box de 3x3m et n’en sortent bien souvent que pour se déplacer au grès de vos envies, contraints à se contenir et à rester à l’écoute ?

Que dire de ces serpents, gardés comme des objets de collections, dans des boites de rangement en plastique où ils ne peuvent même pas s’étendre ?

Que dire de ces rongeurs et lapins, vivant 24/24h dans une cage dont la taille « minimale » est sensée suffire à leurs besoins ?

Que dire de ces perroquets et autres oiseaux aux forts besoins sociaux et d’activités qui ne quittent jamais leur cage et n’ont rien d’autres à y faire que de se lisser les plumes ?

Que dire enfin de ces chiens qui restent 8h d’affilés (ou plus!) dans un couloir ou une caisse de transport pour ne pas faire de dégâts et qui lorsqu’ils en sortent enfin se font réprimandés d’être trop remuants et agités ?

 

Nous ne pensons le plus souvent pas mal faire et somme convaincus que notre animal des conditions de vie adaptées et qu’il est heureux. En creusant un peu la discussion, les propriétaires viennent à dire « il y a plus malheureux quand même ! ». Faut-il se satisfaire de cela ? Du fait qu’il y a des animaux plus en souffrance ? Que les nôtres ont malgré tout de quoi se satisfaire ? Pourquoi ne pas plutôt tendre à améliorer leur vie, à combler plus encore leurs besoins ?

L’isolement, l’enfermement, la solitude, l’inactivité ont de lourdes conséquences sur les animaux. Nous connaissons tous la situation des animaux de zoos qui adoptent des comportements stéréotypés en tournant en rond ou en se balançant sans cesse. Mais nous oublions souvent que les animaux de compagnie peuvent avoir la même souffrances qui les amènes à se tourner eux-aussi ers de tels comportements.

 

Voici quelques exemples de conséquences sur le mental et la santé des animaux :

  • Débordement d’énergie (hyper excitation, attitude brutale…)
  • Ingestion de matières non consommables (cailloux, tissus, papiers…)
  • Anxiété occasionnelle ou permanente (et tous les comportements qui en découlent : malpropreté, destructions, vocalises, auto-mutilation…)
  • Augmentation de la timidité, mise en retrait, apathie
  • Signes d’agressivité
  • Perte de la familiarisation et socialisation (qui ont besoin d’être entretenues toute la vie de l’animal)
  • TOC (troubles obsessionnels compulsifs) et autres comportements stéréotypés (tic à l’ours, léchages compulsifs, faire « les 100 pas », picage, grignotage des barreaux…) Tous ses comportements sont dits « de substitution » car ils viennent remplacer un comportement naturel et normal que l’animal est dans l’incapacité d’adopter.

 

Chez le chien

shiba inuLe chien est un animal social. La plus grande majorité des races a été sélectionné pour le travail (policier, de troupeau, de chasse etc.) il n’est pas fait pour ne rien faire et vit mal la solitude.

On assiste alors à des destructions, des vocalises, des malpropretés, des comportements stéréotypés, voire de la frustration et de l’agressivité.

Pour lutter contre les effets de l’isolement, de l’enfermement ou du manque d’activité on va déjà s’assurer que le chien fait des balades et en quantité et durée suffisante, lui procurer des activités dans la maison et lui procurer des activités mentales et masticatoires. Tout ceci a été abordé dans un article précédent que je vous invite à découvrir ici.

 

Chez le chat

Le chat est un chasseur qui lorsqu’il a accès à l’extérieur parcours de grandes distances pour trouver sa nourriture et explorer son territoire, voire pour en découvrir de nouveaux. Privé d’activités il peut faire preuve d’agressivité, manger des objets non consommables, être très actif la nuit, jouer dans sa litière ou ses gamelles, manger les tissus, se toiletter de façon excessives jusqu’à entraîner des problèmes dermatologiques.

Dans la maison, lorsqu’un chat ne sort pas, il peut tout à fait être heureux mais il faut qu’il puisse trouver de quoi s’occuper. Il y a plein de choses qui vont ravir un chat : des tunnels, des boites en cartons, un ou plusieurs arbres à chats…

On peut aussi lui apporter une activité supplémentaire lors des repas. Un chat peut faire une douzaine de repas quotidiens s’il en a l’occasion. Autant en profiter pour qu’il puisse se dépenser un peu et faire marcher ses neurones ! Gamelles ou petits tas de croquettes cachés dans la maison, balles distributrices ou jeux alimentaires feront bouger votre petit félin et lui demanderont de réfléchir un peu au lieu d’aller tout droit dans sa gamelle habituelle. Certains font aussi le choix de nourrir leur chat au BARF ou à l’alimentation ménagère.

Chez les chevaux

Dans un box, il y a peu à faire. Privé de contact avec ses congénères, d’activités locomotrices, de stimulations visuelles, le cheval peut vite développer des comportements stéréotypés : se balancer d’un antérieur à l’autre (tic de l’ours), tourner dans son box, prendre appui sur la porte ou la mangeoire et avaler de l’air (tic à l’appui), taper d’un antérieur dans la porte ou gratter le sol. Il peut aussi dégrader le matériel en rognant les portes ou cloisons de bois, décrocher les gamelles et abreuvoir etc.

Pour améliorer la situation, il faut offrir plus d’espace à son cheval (box plus grand, accès à un paddock ou un parc) ainsi que la possibilité d’avoir des contacts sociaux. On peut aussi lui donner plus d’occupation au moment des repas : fourrages, fruits et légumes, mash… La litière non comestibles (copeaux, chanvre, terre, paille hachée) ne doit être choisie que si des raisons de santé le nécessite et en complément d’un apport de fourrage quotidien. Sinon, mieux vaut opter pour une litière que le cheval peut mâchonner à loisir comme la paille.

On peut aussi lui mettre à disposition des jouets (bloc friandise à lécher, ballon, balle distributrice de friandise…) et essayer de fractionner ses activités au cours de la journée : deux séances d’une demi heure, au lieu d’une heure d’affilée ou mieux un temps lâché en paddock/manège/parc le matin, une séance de travail l’après midi et une balade en main ou un moment lâché le soir etc.

Des balades lui changeront aussi l’esprit s’il est habituellement au travail dans un manège ou une carrière.

Si le temps vous manque, vous trouverez bien un volontaire pour prendre soin de votre cheval gracieusement ou moyennent rétribution.

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Chez les oiseaux

Les oiseaux font partie du stade grégaire et colonial de socialité. C’est à dire qu’en plus de se regrouper pour les activités liées à la survie (se nourrir, se reposer, boire) il ont aussi besoin d’être en groupe pour élever leurs petits, pour se nettoyer mutuellement, pour communiquer… Beaucoup d’oiseaux sont monogammes et vivent en couple leur vie durant avec le même partenaire. Ils ont un réel besoin de contacts sociaux, affectifs avec leurs congénères et ceux partagés avec le propriétaire ne sont pas suffisant. Dans l’idéal, il lui faudrait un à plusieurs membres de son espèces, ou tout au moins la présence d’un autre oiseau dans la maison avec qui il peut communiquer vocalement et visuellement.

Les oiseaux passent la plus grosse partie de leur journée à chercher leur nourriture dans la nature, ils volent d’un lieu à un autre, escaladent, se servent de leurs pattes ou de leur bec pour forager etc. En cage, les graines sont dans une gamelle, les légumes sont découpés et épluchés. L’ennui monte vite.

Un oiseau qui manque d’activité ou qui souffre de son enfermement ou du manque de contacts avec ses congénères peut devenir agressif, crier énormément, présenter des comportements stéréotypés (balancement, aller retour sur un barreau, picage, surlissage…), il peut aussi devenir apathique et peu réactif, voir souffrir de psychose. La santé s’en ressent aussi avec des troubles cardiaques, artériels, immunitaires et du sommeil.

Pour éviter cela, on privilégiera la cage la plus grande possible avec des jouets (que l’on changera régulièrement), on lui proposera des sorties dans la maison, la participation aux activités quotidiennes (douche, cuisine, ménage..), des jeux de recherches alimentaires et on lui mettra à disposition des choses à détruire (papiers, cartons, bois…). Un congénères dans la maison viendra parfaire le tableau.

Chez les furets

488063_10151420524004536_7249897_nLe furet est un petit animal vif, actif et joueur. Comme le chat, il dort également beaucoup. Il a toutefois vite fait de s’ennuyer et souffre rapidement de l’enfermement et du manque d’activités et de contacts.

Cela peut se traduire chez lui par de l’agressivité, le secouage des barreaux de la cage, la consommation de tissu, la perte d’appétit et l’apathie menant à une dépression.

Il a besoin d’une cage très spacieuse et de plusieurs heures de sorties quotidiennes avec des interactions régulières avec son propriétaire et d’autres furets s’il y a été correctement socialisé.

Il faut aussi lui offrir de nombreux moyens de se dépenser et la plupart des activités conseillées aux chats peuvent être également de bonnes idées pour les furets, tant au niveau des jeux que de l’activité alimentaire.

 

 

 

Chez les rongeurs et lapins

Certains rongeurs tolèrent plus ou moins l’isolement social étant, par nature plutôt solitaires. C’est le cas du hamster. Pour d’autres comme les rats, souris et cochon d’Inde, vivre seul sera une vraie torture.

Le besoin d’activités locomotrices ne sera pas non plus le même entre les différents rongeurs et lagomorphes.

Un petit mammifère qui s’ennuie ou qui souffre d’isolement ou d’enfermement pourra devenir agressif (envers le propriétaire ou ses colocataires de cages), adopter des comportements stéréotypés de léchage, d’auto-mutilations ou de déambulation permanente et dans un ordre toujours identique, de cannibalisme (si il y a reproduction), s’attaquer aux barreaux de la cage. Les animaux dont la cage est équipée d’une roue peuvent alors l’utiliser de façon obsessionnelle.

Pour palier aux manques d’activités, il faut bien sûr offrir la cage la plus spacieuse possible. Bien loin des recommandations minimales des livres spécialisés ou des conseils des vendeurs en animalerie. Il faut aussi penser à la cage en elle même qui doit être adaptée à l’activité des animaux (en longueur pour les cobayes, avec de la hauteur pour des octodons etc..).

L’aménagement est primordial : des matières naturelles qu’il peut fouiner et grignoter (foin, herbes sèches, paille, chanvre, bois..), une épaisseur de litière lui permettant de creuser, voire de faire des galeries, de quoi grimper, escalader… Soyez créatifs !

L’alimentation doit être variée et disposée à plusieurs endroits de la cage pour qu’il mette un peu plus de temps à la trouver. On peut aussi en cacher un peu partout (dans une boulette de papier, sous une cabane, suspendue aux barreaux…)

Des sorties dans un parc ou une pièce sécurisée est un plus dans l’occupation des petits mammifères.

Chez les reptiles

Les reptiles, comme les poissons sont moins démonstratifs dans leur mal-être. Beaucoup sont solitaires et ne souffriront pas d’être isolés, d’autres comme les agames barbus ou les tortues auront plaisir à avoir des échanges sociaux.

Selon les espèces, les besoins d’activités varient beaucoup. Certains serpents ou sauriens sont très actifs alors que d’autres passent la majeur partie de leur temps à profiter de la chaleur ou à se cacher.

Les lézards peuvent adopter des comportements déviants (agressivité, mutilation, se taper contre les vitres), les serpents peuvent devenir agressifs mais généralement, leur mal être aura des répercussions sur leur état de santé et leur prise de repas.

La solution est avant tout de lui procurer un logement de taille correcte et, là aussi adapté à son activité (terrarium vertical ou horizontal) avec de quoi grimper, se cacher, escalader, creuser.

En revanche, pour ne pas les stresser et risquer un coup de froid, on évitera de leur proposer des sorties (sauf pour les tortues terrestres).

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Crédits photos:

Chien: Elevage Hoshiyuki

Cheval et Serpent: Katia Maréchal

Furet: Elevage des Joyeux furets