Education traditionnelle VS éducation positive

De plus en plus, s’affrontent sur le net et sur les terrains d’éducation les partisans des méthodes positives et ceux de l’éducation dite traditionnelle. Chacun exprimant ses convictions, sans toutefois beaucoup écouter les autres et la discussion tourne bien souvent au conflit, voire aux noms d’oiseaux. Si incompréhension il y a, c’est tout d’abord parce qu’aucun des deux clans ne veut reconnaître les «avantages » de l’autre. Comme si lui en reconnaître, même un seul, amenait à trahir son camp.

Avant d’avancer dans cette discussion, il m’apparaît important de reposer les bases et de définir clairement ce que sont ces méthodes d’éducation et leurs fondements.

La méthode traditionnelle

La méthode traditionnelle est la méthode originelle dans le milieu cynophile. Elle a été utilisée pour le dressage des chiens de travail et principalement au sein des unités cynophiles de l’armée et de la police.

Cette méthode se base sur l’existence d’une hiérarchie inter-espèces et donc sur la nécessité de soumettre son chien. Les mauvais comportements sont punis verbalement et physiquement (punitions corporelles ou utilisations de matériel coercitif comme les colliers étrangleurs/à pics/électriques). Dans le meilleur des cas, les bons comportements sont récompensés verbalement ou par une simple caresse.

Il n’y a pas vraiment plusieurs méthodes traditionnelles mais il y a différents degrés : sanctions verbales uniquement, sanctions physiques plus ou moins fortes, utilisation de colliers douloureux mais sans punitions corporelles lors de comportements inadaptés etc. Nous avons déjà tous entendu des propriétaires de chiens équipés d’un collier de force à pics nous rétorquer (souvent en toute bonne foi) : « je ne maltraite pas mon chien, je ne l’ai jamais frappé ». La notion de maltraitance est assez subjective quand on sait que pour beaucoup frapper son chien avec un objet n’est pas le battre « je ne lui ai jamais donné de baffes ou de coups de pieds ! Je ne veux pas qu’il ait peur de ma main, j’utilise un journal/martinet/laisse/ceinture » (imagine-t-on vraiment que l’animal ne voit pas qui tient et se sert du dit outil?)

La méthode positive

La méthode positive est à présent bien ancrée dans les mentalités. Elle s’est beaucoup développée ces dernières années avec l’avènement des nouveaux sports canins et grâce à l’évolution des connaissances éthologiques sur le chien.

Aujourd’hui les nouvelles études indiquent que la hiérarchie inter-espèces n’existe pas et qu’elle n’est pas non plus présente en tant que telle au sein de l’espèce canine elle-même. De ce constat, naît l’idée qu’une éducation basée sur la soumission n’est donc plus adaptée. Il est amusant de constater que cette évolution des mentalités et des techniques d’apprentissage ont évolué parallèlement dans plusieurs espèces (le cheval depuis une vingtaine d’années et même au sein de l’espèce humaine les choses changent. L’éducation positive fait son entrée dans les foyers et les écoles).

L’éducation positive se base donc sur la récompense des bons comportements et de l’ignorance des mauvais. On n’utilise plus de moyens coercitifs et on travaille avec le chien. Le renforcement positif et la compréhension des codes de communication canine sont capitaux ici.

Pour être plus juste, il faudrait parler de méthodes positives au pluriel. Pour ma part, je considère que même s’il y a, là aussi, plusieurs degrés au sein de l’éducation positive (les puristes refuseront l’usage même du NON, même dit sur un ton dénué d’agressivité, alors que d’autres l’accepteront comme n’importe quel autre mot neutre etc..), il n’y a en fait que deux méthodes positives : une « classique » et le clicker training/learning.

Le clicker ne va pas sans le positif, on ne peut pas introduire l’apprentissage par clicker dans une éducation traditionnelle puisque le clicker interdit toute notion de punition positive afin de ne pas freiner les initiatives du chien. Mais on peut éduquer en positif sans pour autant se servir d’un clicker.

Y a -t-il des méthodes intermédiaires ?

Bien sûr ! Le monde n’est pas tout noir ou tout blanc, il est plein de gris. Les terrains d’éducation aussi !

La « tradi-bonbon » est l’exemple le plus connu car source de déception et de malentendus.

L’éducateur « tradi-bonbon » est un éducateur traditionnel qui punit les mauvais comportements mais utilise aussi le renforcement positif par des friandises lorsque le chien agit bien. Souvent, cet éducateur croit en la théorie de la dominance inter-espèces.

C’est une source de malentendus réguliers pour les propriétaires à la recherche d’un éducateur (de club ou professionnel) car ce sont des éducateurs qui se proclament « positifs », faisant du « dressage amical » ou autres termes vendeurs. Il y a ceux qui le font de façon malhonnête car ils savent qu’ils ne sont pas du tout positifs mais qu’en se présentant comme tels, ils attireront un public plus large (et de plus en plus important!) et il y a ceux qui ont cru qu’on était positif dès lors que l’on utilisait des friandises et qui sont donc mal informés mais de bonne foi.

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La méthode naturelle est une sorte de « tradi-bonbon », elle se base avant tout sur la hiérarchie inter-espèces. Les chiens sont beaucoup récompensés, les codes de communications étudiés, la punition positive en est normalement bannie mais la notion de hiérarchie étant présente, il est conseillé de pratiquer des manipulations à visée de « soumission » (roll-back, morsure du chien qui grogne etc.) Les amateurs de cette méthode ne font pas de différenciation entre les chiens et les loups.

Ils agissent avec eux en se basant sur le travail et les études de Joseph Ortega dans les années 70 . Le souci est que ces études ont oublié d’intégrer un paramètre important : le chien n’est plus un loup, l’évolution est passée par là et la vie en captivité n’a rien à voir avec la vie sauvage (on peut même le constater en observant loups sauvages et loups captifs). C’est toutefois grâce à Ortega que l’école des chiots a pu faire son entrée dans les clubs de la SCC. Un autre dresseur, Michel Hasbrouck avait certes créé la maternelle du chiot bien avant mais n’ayant pas de pieds dans l’univers SCC, il n’avait réussi à l’intégrer qu’aux particuliers et aux dresseurs professionnels.

La méthode « dressage tendresse » fait donc partie des tradi-bonbon. Elle a été mise en place et développée par Michel Hasbrouck quelques temps avant Joseph Ortega.

A l’époque il proposait ce que personne ne faisait : une maternelle du chiot. Une éducation où le chien pouvait avoir droit de manger n’importe quand, de dormir sur les lit etc. C’était déjà une petite révolution surtout pour un dresseur de chiens d’armée ! Le travail avec le chien se faisant en lui montrant les choses, sans cris, sans frapper, sans matériel coercitif et en moins d’une semaine. Le collier en chaîne étant préconisé mais uniquement en utilisation « non étrangleur » pour sa solidité et son aspect sanitaire. Si la récompense est très présente elle prend avant tout la forme de caresses. Hasbrouck n’est pas un partisan des croquettes. (ce serait plutôt un « tradi-calin »!), on utilise aucun matériel douloureux, on ne frappe pas et on ne crie jamais (il est même conseillé de murmurer le plus souvent). Il y a pourtant un « mais ».

Dans le « dressage tendresse » de Hasbrouck, on est adepte de la « punition divine ». Le chien reçoit donc des P+ mais en faisant en sorte qu’il n’ait pas l’impression que cela vient de son maître. Certes, cela lui évite l’association « propriétaire-danger » mais pas celle de « environnement- danger » avec des risques d’anxiété importants. L’autre point important est que la hiérarchie et la notion de dominant sont belles et bien là. Les règles classiques (distribution de nourriture, accès aux canapés, initiatives des caresses etc..) sont jetées à la poubelle mais la base reste là.

Il est intéressant d’étudier ces courants car il y a du bon à y prendre. Tout n’est pas mauvais et on ne peut nier que ces deux personnes ont fait beaucoup pour évoluer les méthodes « dures » vers du positif. Ils étaient des précurseurs sur ce chemin à leur époque et si aujourd’hui, ces méthodes semblent dépassées par les nouvelles études, on ne peut leur retirer ça.

Eh oui, l’éducation traditionnelle, ça marche aussi !

Parce qu’il faut le dire aussi si on veut être juste. Le problème n’est pas de savoir si la méthode marche mais de savoir pourquoi, comment et surtout si le jeu en vaut la chandelle.

L’éducation traditionnelle était, nous l’avons vu plus haut utilisée pour les premiers chiens de travail. Au début de l’Histoire du dressage des chiens, on ne leur accordait pas d’émotions. Les chiens étaient plus associés à des machines, à des outils de travail qu’à des êtres dotés de sensibilités ! Même le fait de souffrir ne leur était pas reconnu.

Le dressage de chiens (on ne parlait pas d’éducation ou très peu!) se devait « viril ». Il faut avouer que dans l’inconscient populaire, le dresseur droit dans ses bottes, au ton ferme et décidé, tenant son chien la laisse courte avec un collier en chaîne est bien plus viril que celui qui se met accroupi en agitant un « pouet pouet », prenant une voix sur-aiguë et ayant sa petite pochette à friandises à la ceinture !

Les résultats étaient là. Sinon, l’Homme n’aurait pas persisté dans le dressage des chiens. Cependant les choses, les Hommes et les chiens ont évolué.

Pour ma part, au fil des années, j’ai mis un pied dans chaque méthode, suivant ma voie vers le positif où je me situe actuellement. Fervente adepte du clicker, j’ai pourtant débuté en traditionnel (même si je me suis toujours refusée à bons nombres de comportements brutaux envers mon chien!), j’ai fait partie de ces gens qui avaient instauré un nombre incalculable de règles à mes chiens, qui faute de résultats a fini par utiliser un collier de force, un électrique, une cage… J’avais des résultats de cette façon mais bien souvent aléatoires car lorsque le chien avait la possibilité d’en faire à sa tête car plus « sous contrôle direct » (lâché par exemple) il s’en donnait à cœur joie. J’ai donc tenté la méthode Hasbrouck avec un stage chez lui. Son livre avait déjà commencé à m’ouvrir les yeux sur bon nombre de choses.

J’ai eu alors de bien meilleurs résultats et une belle complicité avec mon chien. Mais la « punition divine » avait tout de même un arrière goût amer.

Je me dis aujourd’hui que cela aurait pu être tellement mieux sans tout ça ! On m’avait tellement effrayée sur le fait que prendre un Dobermann, mâle qui plus est, serait comme de se promener avec une arme chargée braquée sur ma tempe… Qu’il fallait surtout jamais le laisser prendre le dessus au risque de me faire mordre et ne plus pouvoir le contrôler etc..

J’ai peu à peu glissé vers du moins dur et tenté de concilier le clicker au traditionnel. Puis un autre chien est arrivé et je suis passée en méthodes naturelles. J’avais là aussi de bons résultats. Avec mes chiens suivants, je suis allée dans le positif uniquement. Exit la hiérarchie, la punition etc. Et j’ai aussi de bons résultats ! Le climat est tellement plus agréable à la maison !

Oui toutes ces méthodes fonctionnent, n’en déplaise aux pro-positifs comme aux pro-punition. Mais quelle relation veut-on ? Que veut-on de son chien ? A-t-on besoin de faire preuve de force et de s’imposer en tyran ? Je ne le crois plus. Mais c’est parce que j’ai pu faire ce cheminement que je peux parler de toutes ces méthodes de façon objective il me semble.

Évolution du milieu de l’éducation

Tout d’abord, le chien a pris une place de plus en plus importante dans les familles. Beaucoup prirent un chien pour avoir un compagnon à la maison qui pouvait faire plaisir aux enfants et éventuellement garder la maison. En intégrant l’intérieur des foyers et en n’étant plus cantonné au fond du jardin ou au chenil, le chien se devait de devenir plus agréable, plus sociable et pouvant écouter tout le monde à la maison.

Les attentes des propriétaires ont aussi évolué. Les gens ne veulent plus seulement un chien qui obéit, ils veulent avant tout un compagnon, un animal avec qui partager de bons moments et nouer une certaine complicité. L’éducation « à la dure » heurte de plus en plus de propriétaires de chien.

Les races présentes dans les foyers ne sont plus non plus les mêmes qu’avant. Autrefois, les chiens « dressés » étaient principalement des bergers et des chiens de chasse. Aujourd’hui les molosses sont très appréciés, les terriers de type bull également et sans oublier les chiens « de compagnies » ou les lévriers. Ces chiens sont bien plus difficiles à éduquer en méthodes traditionnelles. Pourquoi ? Les chiens du groupe 9 (de compagnie) et 10 (lévriers) sont des chiens très sensibles qui n’ont pas été sélectionnés pour leurs aptitudes à obéir à des ordres. Ils peuvent bien évidemment apprendre des tas de choses mais la force ne fera que les terroriser !

Les terriers et surtout les terriers de type bull sont des chiens tenaces, courageux et plutôt résistants à la douleur. Il va de soi qu’ils souffrent aussi, ils ne sont pas fait d’acier. Cependant, les sanctions physiques auront moins d’impact et d’effets dissuasifs que sur un chien plus sensible.

Avec les molosses, on s’aperçoit vite que sans une forte motivation, on arrive à rien, même en s’énervant. On risque en revanche, de braquer le chien et de se retrouver face à un animal qui, frustré et menacé, finira par vouloir riposter lui aussi, par la force.

Il est clair qu’avant, le chien était dans un chenil ou dans une Vari-kennel et sorti que pour le travail, on se fichait qu’il soit nerveux voir agressif. Encore aujourd’hui, dans certains centres ou clubs les chiens ne sortent de leur Kennel que pour l’entraînement et le concours (ou leurs heures de travail dans le cas des chiens de sécurité). Il y a une Kennel dans la maison, une dans la voiture et des cages sur le terrain. Pour avoir un minimum de contacts sociaux avec son propriétaire, le chien doit se contenter des moments de travail. Il va alors y mettre du sien, malgré les brutalités car il a appris que lorsqu’il se trompait, non seulement il était puni mais en plus il repartait dans sa cage, tout seul.

On est bien loin (du moins je l’espère!) de la vie de vos chiens !

Face à tous ces chiens, les éducateurs « traditionnels » ont parfois du mal à s’adapter et à adapter leurs méthodes. Ils ont alors vite fait de qualifier les chiens récalcitrants de chiens « têtus », « dominants », « indressables » etc.

Les partisans des méthodes positives ne veulent pas un chien parfait, robotisé. Ils veulent un chien bien dans ses pattes, agréable à vivre et donc avec une éducation et un dressage adaptés à leur mode de vie et leurs attentes.

Quelles sont les limites de l’éducation positive s’il y en a ?

 

Je vous invite à réfléchir aux limites de l’éducation positive (y en a-t-il seulement?).

 

« L’éducation positive c’est bien, mais avec un chiot. Aller ré-éduquer un chien adulte avec un bout de fromage ! »

Voilà une phrase que l’on entend beaucoup (trop?). Il va de soi qu’un chiot sera plus réceptif car vierge de toute habitude et mauvaise expérience. L’apprentissage sera donc plus rapide. C’est là la grande différence avec un chien adulte. Pour celui-ci, il faudra plus de temps et de patience car il sera déjà nécessaire déjà lui faire oublier ses anciennes habitudes et le rassurer avant de lui ré-apprendre de nouveaux comportements. Il est normal qu’il soit plus compliqué de ré-apprendre des comportements que d’en apprendre des neufs.

Les méthodes positives ont pour elles de pas brusquer ou stresser l’animal. Elles sont donc particulièrement recommandées pour des chiens au lourd passif (maltraités, issus de refuges etc.) ou braqués par l’éducation traditionnelle.

« C’est bon pour les chiens faciles ça ! Avec un chien de caractère vous n’arriverez à rien en positif, il faut de la poigne »

Pour beaucoup, il y a des races qui seraient dominantes ou tellement chargées en caractère qu’elles seraient prêtes à vous dévorer dans votre sommeil si jamais vous leur laissiez un accès à votre chambre. Même si on n’écarte pas les individualités caractérielles, on peut en effet reconnaître qu’il y a des spécificités raciales et qu’un terrier aura souvent plus de tempérament et obéira moins « mécaniquement » qu’un Berger blanc. Mais il n’y a pas vraiment de chiens « faciles », c’est assez réducteur de dire ça. Il y a des chiens qu’il faut savoir motiver, avec qui il faut parfois changer son fusil d’épaule mais aucune race et aucun chien n’ont besoin de « poigne » ou de violence. Tous peuvent être éduqués en méthode positive. Beaucoup de traditionnels se flattent d’avoir des chiens (souvent de race impressionnante ) à caractère, difficile etc. Sur qui bien sûr, une méthode positive n’aurait jamais pu être efficace selon eux. Là n’est qu’une question d’ego à laquelle aucune explication ne pourra s’opposer… Sauf si vous avez vous-même un chien d’une race réputée compliquée (et si vous avez un mâle c’est 10 points de plus!) et que vous pouvez montrer que si, c’est possible. Et encore… avec les plus obtus, vous aurez toujours une opposition du genre « oui mais, le mien est dominant/plus dur/de ligné de travail/et-j-en-passe ».

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« Mais moi je suis pas patient et j’ai pas le temps d’attendre qu’il arrive tout seul à trouver ce qu’il doit faire »

En fait, la principale limite à l’éducation positive est… le propriétaire du chien. Celui-ci doit être plus patient et parfois plus imaginatif pour faire écouter son chien sans user de violence. Il doit faire lui aussi des efforts et ne pas les laisser qu’à son chien. Il doit aussi savoir se remettre en question et accepter que, peut être si le chien n’écoute pas c’est qu’on lui a mal expliqué ce qu’on attend de lui. Tout le monde n’est pas prêt à agir de la sorte. Le chemin du traditionnel au positif est parfois long, parsemé d’expériences bonnes ou mauvaises, de chiens « indressables » en tradi ou de chiens au passif difficile qui respirent la sensibilité et la peur de l’Homme, de rencontres, de lectures etc.

« Et comment on peut utiliser un clicker dans un cours collectif ? Ou pire, comment récompenser avec un tug* au milieu d’autres chiens ?? »

Le type de cours d’éducation est aussi un critère important dans la réussite d’une méthode. Il est vrai qu’il est plus facile de faire travailler 15 personnes en traditionnel sur un même terrain. Les chiens n’ont aucune latitude et obéissent tout de suite ou sont sanctionnés. Les récompenses sont discrètes. Tout le monde exécute les mêmes ordres au même moment.

C’est beaucoup moins simple de faire travailler ces 15 mêmes personnes cette fois-ci dotées d’un clicker, d’un jouet qui couine ou d’un tug, d’une pochette de friandises qui sent bon la knack ou le poisson séché. De faire écouter un binôme pendant que son voisin de terrain tape dans les mains et félicite chaudement son chien en prenant une voix enjouée.

C’est vrai aussi qu’il est peu aisé de respecter les attentes et les individualités de chacun (humains comme chiens ) lorsqu’on a tout un groupe à gérer.

Les méthodes positives sont plus adaptées à des cours individuels ou à faible effectif selon moi.

L’éducation positive n’est que laxisme et chaos ?

Disons le tout de suite : non, éduquer en positif n’est pas tout permettre ! Ne plus voir son chien comme un subalterne mais comme un colocataire ou un membre de sa famille ne veut pas dire lui laisser faire tout ce qu’il veut. Vous êtes chez vous, il y a des règles que doivent respecter tous les membres de la famille, votre colocataire ou les visiteurs qui viennent chez vous.

Vos amis ne sont pas soumis à vous, vous n’êtes pas dominant par rapport à eux (si?) et pourtant, lorsqu’ils viennent dîner chez vous, ils n’ont pas le droit de sauter à pieds joints avec leurs chaussures sales sur votre canapé, ni le droit de déchirer vos coussins. Votre chien, c’est pareil ! Il vit avec vous, chez vous. Il n’a pas pour autant tous les droits.

Il aura donc des règles de vie et sûrement des interdits. Pour certains ce sera l’accès aux chambres, pour d’autres au canapé, pour d’autres encore ce sera juste de ne pas monter sur les tables ou sauter sur les gens. Chacun définit ses règles chez lui.

De plus, en éducation positive, la punition existe. On utilise l’ignorance du chien lorsqu’il agit « mal ». C’est bel et bien une punition pour le chien ! Lorsque l’on retire une chose qui plaît au chien (jouet, attention etc.), c’est aussi une punition (P- mais P quand même!). On écarte seulement la Punition positive ou P+ qui consiste à infliger quelque chose de désagréable au chien (claque, coup de sonnette, étranglement au collier, prise par la peau du cou…) pour qu’il cesse son comportement inadéquat.

Je n’approfondirai pas ici les notions de punitions, je vous invite à lire un très bon article paru sur le site « autour du chien » dont je mets le lien : ici. Www.autourduchien.com/article-la-punition-definition-observer-pour-comprendre-alternatives-122348291.html

Les risques de l’éducation traditionnelle

Avec une éducation trop dure, on peut casser un chien. Facilement. Trop facilement pour prendre ce risque.

Les associations telles que One Voice (www.one-voice.fr ) ont mené des enquêtes en clubs canins et fait connaître leurs résultats en octobre 2015. Le constat est sans appel : les chiens sont très souvent maltraités en club canin. L’éducation traditionnelle mène à des dérives. Toute personne qui a fréquenté des clubs SCC ou des centres de dressage pro a pu assister à de telles scènes : chien secoué par la peau du coup, coups de « sonnette » avec au mieux un collier plat au pire un collier à pics, chien dressé aux décharges électriques, claques sur la tête, tirage d’oreilles, coups de pied aux fesses, usage du lance pierre, barrage lors des sauts de haie, placage au sol le pied sur la laisse et j’en passe et des meilleurs, pincement ou morsure de l’oreille/babine/cuisse, lancé d’objets divers sur lui., menaces, étranglement… Et il y a les violences invisibles : peur, ordres contradictoires qui angoissent le chien, mise en état de détresse acquise, sensibilisation…

Il y a ces chiens qui sont sensibilisés, qui sont devenus réactifs aux gens ou à leurs congénères, ceux qui travaillent sans motivation portant toute la misère sur leurs épaules et la queue basse, ceux qui vivent dans la crainte permanente de se prendre un coup de laisse ou de pied, ceux qui n’osent rien faire en éducation de peur de se tromper et d’être punis, ceux qui n’écoutent qu’une personne car ils n’écoutent au final que celle qu’ils craignent. Ils auront du mal à généraliser leurs comportements à d’autres personnes.

Il y a aussi ces chiens qui arrivent à la SPA, ou pire chez le vétérinaire, pour une demande d’euthanasie parce qu’ils sont trop rebelles, qu’ils ont grogné, mordu, poussé à bout par des réprimandes permanentes et un environnement anxiogène basé sur les conflits.

Parce qu’à vivre dans les tensions, on finit par les exacerber et qu’un animal poussé dans ses retranchements peut devenir agressif. C’est sa défense et pour celle-ci encore, il sera puni.

Le risque à utiliser la punition à un mauvais moment est important car cela crée une forte incompréhension et donc une grande angoisse, les personnes et l’environnement même du chien deviennent une menace. Un tel climat n’est pas sans conséquences  physique et psychique: malpropreté, destructions, agressivité, fugues, plaies de léchages, problèmes digestifs ou dermatologiques…. On risque peu à peu d’éteindre le chien… Qu’il soit moins motivé, moins attaché et surtout Quid de la complicité ?

Il y a aussi ces gens qui fuient les clubs, déçus par cette vision dépassée du chien et qui refusent de l’éduquer de façon traditionnelle.

Il y a tous ces gens qui se pourrissent clairement la vie avec beaucoup de petites règles inutiles : placer le dodo du chien dans un coin/mais pas isolé/mais pas au milieu du chemin/mais pas dans une chambre/mais pas dans le couloir/mais pas devant une porte, faire manger le chien après soi tout le temps (et on fait comment quand on a mangé avant au restaurant ? On re-mange devant lui ? Et au déjeuner ? Et quand on grignote à 4h? On le re-nourrit après?), passer toujours devant lui dans les portes (on va être malin à courir dans toute la maison pour y arriver!).

Bref…. vous m’avez comprise !

La punition positive pourrait être acceptable (et efficace) si (et seulement si) elle était appliquée très rarement, avec un timing extrêmement précis et d’une façon proportionnée à la faute et avec une cessation à la moindre émission d’un signal d’apaisement venant du chien. Le soucis est qu’il est difficile de tout concilier et qu’une erreur sur l’un de ces facteurs et la punition perdra tout intérêt et aura en plus un impact négatif.

Les risques de l’éducation positive

Il n’y a pas de risque à utiliser les méthodes positives. Quel pourrait être le danger à donner une récompense à un chien au mauvais moment ? Ce n’est pas en une fois que l’on renforce un comportement. Vous ferez mieux la prochaine fois et votre chien aura juste eu un bout de fromage de trop.

Même avec le clicker, vous n’avez pas grand chose à perdre. Vous avez clické à un mauvais timing ? Tant pis, vous aurez perdu un morceau de knack et voilà tout.

Le seul réel problème en éducation positive c’est lorsque celle-ci n’est pas correctement appliquée. Nous l’avons vu plus haut, il y a ceux qui se disent positifs mais ne le sont pas mais il y a aussi ceux qui veulent être trop positifs, au risque, pour la peine, de faire vivre le chien dans un univers sans règles, sans limites. La méthode demande l’utilisation du renforcement positif (R+) mais aussi de la punition négative (P-) ! L’un et l’autre sont nécessaires pour un bon équilibre. Le cas du clicker est un peu différent car durant la séance de clickerlearning ou training, on utilise uniquement le R+. Pas de P-. Mais le clicker ne s’utilise que pour apprendre un nouveau comportement. Pas pour l’éducation de la vie de tous les jours, où là, on revient à l’association R+/P-. Là aussi, une mauvaise compréhension du clickertraining et ses fondements peuvent amener à une application incorrecte de la méthode positive et donc à des déceptions.

*tug : jouet en polaire tressé