Peur du cheval lors des soins: comment gérer et prévenir cette émotion

cavallo shock

Toute personne partageant de près ou de loin la vie d’un cheval sait que cet animal peut avoir de vives réactions lorsque la peur le prend. En tant qu’animal proie, le cheval a tendance à avoir peur de beaucoup de choses. C’est une espèce hyper émotive et hyper réactive, malgré son statut d’animal domestique depuis plus de 3500 ans avant notre ère. Les soins (maréchalerie, vétérinaire, grooming…) peuvent être sources d’anxiété avec un cheval non habitué ou qui a vécu de mauvaises expériences.

Néanmoins, les réactions d’un animal de 600 kg peuvent le mettre en danger lui-même ou les gens qui l’entourent. Mieux vaut donc tout faire pour prévenir ces comportements défensifs.

Avant tout, il faut savoir lire les signes émotionnels de peur: sudation, miction d’urines ou de crottins, mydriase (dilatation des pupilles), tremblements, augmentation de la fréquence cardiaque, salivation, dilatation des naseaux, mouvements de queue, ….

La posture aussi est typique : le cheval est un animal qui choisit la fuite lorsqu’il se sent en danger et que cette possibilité lui est offerte. Il se met donc en condition : se rassemble, tend ses muscles, regarde partout autour de lui. Il est prêt à bondir en avant. S’il n’a aucune possibilité de fuite, cette énergie sera utilisée autrement pour se défendre, la posture deviendra donc agressive : encolure prête à se tendre pour mordre, descente de la tête, naseaux plissés, oreilles en arrière, postérieurs en force pour botter, antérieurs agités pour taper, corps ramassé et réactif pour une éventuelle cabrade.

Il faut aussi distinguer la peur qui est une émotion, une réaction tout à fait normale, transitoire, face à un danger objectif de la phobie qui est un état pathologique où le cheval perd sa capacité d’adaptation.

Les types de phobies

On parle de phobie ontogénique ou de phobie post-traumatique.

Dans le premier cas, le cheval déclenche une phobie suite à une mauvaise familiarisation, un manque cruel de stimulations, un sevrage brutal et/ou précoce ou un trouble du développement par exemple…

Dans le second, c’est suite à un événement précis que le cheval a développé sa phobie. Une seule mauvaise expérience suffit à rendre phobique un cheval, et ce, quelque soit son âge. Cela peut être une douleur lors d’un soin vétérinaire, une coupe de peau lors d’une tonte, des actes de brutalité par le soigneur lors d’un pansage ou par le maréchal ferrant etc…

Les phobies post-traumatiques sont plus difficiles à traiter car il faut « effacer » la mauvaise expérience en plus de rendre le stimulus acceptable pour le cheval. Le travail est donc double.

Les différents stades de phobies

  • Stade 1 : la phobie simple ou réactionnelle. Le stimulus déclenchant provoque une réponse comportementale de fuite (évitement) avec signes émotionnels.

  • Stade 2 : la phobie complexe. Il s’agit alors d’un mécanisme d’anticipation émotionnelle. Le cheval réagit dès les stimuli précurseurs (à l’arrivée de la voiture du véto ou au bruit des outils du maréchal posés sur le sol, nattage de la crinière ou de la queue avant de commencer la tonte…)

  • Stade 3 : le stade pré-anxieux. On rencontre assez peu de stade 3 chez le cheval. On parle de stade pré-anxieux lorsque les signes émotionnels persistent en dehors de l’exposition au stimulus phobique.

Comment gérer la peur ?

On peut déjà agir sur l’environnement général du cheval. Un stimulus inquiétant le sera encore plus dans un environnement agité ou bruyant. On s’attachera donc à installer le cheval dans un lieu adapté, calme avec si possible, la présence de ses congénères. Le cheval est un animal grégaire, la présence d’autres chevaux permet donc de l’apaiser. Il va de soi qu’avec un poulain ou très jeune cheval, la présence de sa mère ou d’un cheval adulte stable sera plus que nécessaire pour le rassurer.

Il faut faire attention aux personnes présentes, elles doivent agir calmement. Pas de cris ou de personnes qui courent, parlent fort ou s’esclaffent. Lorsque vous savez qu’un stimulus angoissant va être mis en présence de votre cheval, demandez aux personnes présentes de respecter ces consignes ou isolez vous avec votre compagnon.

Un cheval habitué à avoir un fond sonore dans son écurie, telle que de la musique ou de la radio sera rassuré par cette activité sonore. Attention néanmoins à choisir un fond sonore sans surprise, lui aussi plutôt calme.

Prévoyez enfin un bon stock de récompenses pour votre cheval : carottes, pommes, sucres mais aussi herbe fraîchement coupée, foin, granulés, mash etc..

Toutes ces recommandations ne restent valables que dans le cas d’un soin ou d’un examen vétérinaire non invasif ou très peu.

Dans le cas où est prévu un examen invasif par le vétérinaire ou le dentiste, une aide médicale est nécessaire. La contention chimique aura alors pour objectif de limiter (voire de stopper) au maximum la douleur et d’éviter la mémorisation par le cheval. Celui-ci ne pourra ainsi pas développer une phobie suite à cet examen difficile, son cerveau étant « empêché » de le mémoriser.

La contention physique, très répandue dans les écuries (plis de peau, utilisation de tord-nez, maintien de l’oreille etc.) ne devrait rester qu’une solution d’urgence. Elle doit être utilisée de façon ponctuelle et uniquement si elle s’avère indispensable à la bonne gestion du cheval lors du soin, pour la sécurité de tous. Elle ne permet évidemment pas de gérer l’émotion en elle-même, juste ses signes. Il faudra donc ensuite travailler sur cette peur pour éviter d’avoir à s’en resservir la prochaine fois.

Radiographie et échographie d'un cheval et fouille d'une jument avec prise de sang et fibroscopie nasale brossage des dents électrique et ophtalmo-graphie problèmes respiratoire.

Les méthodes de thérapies comportementales

Avant d’aborder les méthodes utilisables, nous allons parler de celle qu’il faudra à tout prix éviter : l’immersion.

Il s’agit de plonger le cheval dans la situation phobique au delà de son seuil de tolérance, sans lui laisser d’opportunité de fuite. C’est une technique très brutale, dangereuse physiquement (dans la panique le cheval peut se blesser ou blesser quelqu’un) et bien sûr mentalement !

Alors comment agir ?

  • Par habituation progressive. Cette méthode permet d’offrir au cheval une possibilité de s’adapter à toutes les situations. L’habituation doit être graduelle et répétée de nombreuses fois pour être efficace. On utilise cette méthode pour anticiper un événement qui risque d’être stressant pour le cheval. Cela agit donc en prévention. C’est la méthode de choix pour les poulains et jeunes chevaux.

  • Par apprentissage vicariant. On permet au cheval d’apprendre en regardant les réactions de ses congénères. L’apprentissage vicariant, ou par imitation tient une grande place dans la vie des animaux grégaires comme l’est le cheval. On présentera alors les nouveaux stimuli à un cheval en présence d’un autre équidé, lui-même déjà habitué à ce stimulus et qui ne présente bien sûr par de mauvaises réactions.

  • Par désensibilisation. C’est la technique de choix lorsque le cheval se montre déjà réactif face à un stimulus. C’est la méthode à privilégier lorsque l’on connaît le stimulus aversif. Une désensibilisation demande beaucoup de temps et de patience. Il ne faut pas griller les étapes au risque de perdre tous les résultats déjà obtenus. L’objectif est que le cheval apprenne à ne plus réagir au stimulus, que celui-ci n’a rien de dangereux, et même, qu’il peut être positif. On expose alors le cheval graduellement au stimulus sans jamais aller jusqu’à une réaction d’évitement de sa part.

  • Par contre conditionnement. Il s’agit ici de générer une émotion positive qui sera incompatible avec l’émotion négative que l’on souhaite évincer. Par exemple : présence du stimulus aversif : injection vaccinale qu’on associe à un stimulus appétitif : une pomme. On constate une diminution de la libération surrénalienne (hormones du stress).
    On peut aussi utiliser un stimulus appelé disruptif (stimulus sans relation fonctionnelle avec la séquence comportementale en cours). Ce stimulus aura pour but d’interrompre la séquence comportementale et de placer l’animal en attente (phase expectative). On redirige alors le cheval vers un comportement plus adapté. C’est assez difficile à mettre en place avec un animal « proie » et cela peut vite se transformer en punition positive et donc venir empirer la situation.

Le clicker est bien évidemment un outil qui peut énormément vous aider dans votre thérapie comportementale. Le cheval y est très réceptif et les bons comportements, même minimes peuvent ainsi être plus facilement fixés. Le conditionnement ou contre conditionnement au clicker est d’ailleurs à la base du « medical training » utilisé par les soigneurs avec des animaux sauvages afin de les faire participer activement à leurs soins : prise de sang, parage des pieds, dentisterie, échographies etc… On peut tout à fait l’envisager avec le cheval.

L’aide médicale est-elle nécessaire ?

Une aide médicale peut s’avérer utile en complément d’une thérapie comportementale pour atténuer les réponses neurovégétatives (réactions violentes de défense ou d’évitement dans une action de survie) et limiter l’effet d’anticipation.

Des produits sont utilisables par les vétérinaires sans présenter d’effets secondaires ou d’effet dopant :

  • L’EAP (Equine appeasing pheromone) est une phéromone d’apaisement, qui se retrouve en temps normal près de la mamelle et agit ainsi sur le poulain lors de l’allaitement. On trouve ce phéromone reconstitué en spray ou en gel nasal à utiliser juste avant un événement qui risque de stresser le cheval ou quotidiennement pour faciliter une adaptation à un nouvel environnement.

  • l’alpha-casozépine (peptide issu de protéines de lait). Il s’agit d’un nutriment qui joue un rôle dans la lutte contre l’anxiété et qui se vend sous forme de gélules à donner quotidiennement le temps de la thérapie comportementale.

Les autres psychotropes et anxiolytiques peuvent s’avérer dangereux pour lui (confusion, troubles importants de l’équilibre…) mais aussi pour les personnes en contact avec le cheval.

Il va de soi que pour tout avis sur l’utilisation ou non de produits de ce type, l’avis d’un vétérinaire équin est indispensable. Le bénéfice risque devra alors être évalué, ainsi que l’importance de la phobie et des réactions de défense.

On peut aussi parler des Fleurs de Bach qui sont aussi utilisables pour gérer les peurs et phobies du cheval. On devra alors tenter de cerner au maximum les causes de cette peur et trouver la bonne fleur ou le bon mélange. Il existe aussi un mélange appelé Rescue, dit « d’urgence » bien connu qui peut aussi être utilisé mais qui ne sera pas aussi personnalisé qu’un mélange « maison ».