Vivre avec un chien porteur de handicap…. Et l’éduquer malgré tout !

Tout le monde peut être amener à vivre avec un chien porteur de handicap. On peut adopter un chiot souffrant d’un problème de naissance, aller prendre dans un refuge un chien adulte handicapé. Dans ce cas là, on est conscient et prévenu des problèmes auxquels on devra faire face. Mais parfois, vivre avec un chien handicapé n’est pas du tout un choix ! Un animal peut devenir sourd avec l’âge ou suite à des très mauvaises otites. La cécité est fréquente aussi chez les chiens passé un certain âge. Les chiens diabétiques ou souffrant de maladies dégénératives peuvent finir par perdre la vue. Bien évidemment, un handicap physique peut aussi survenir chez n’importe quel chien, quelque soit sa race ou son âge (dysplasie, arthrose, tumeurs osseuses nécessitant une amputation, traumatisme suite à un accident….)

Avec des chiens porteurs de handicap, il faut absolument travailler en méthodes positives, sans punitions positives, ni moyens coercitifs. Le chien doit vivre dans un climat le moins anxiogène possible et tisser un lien de confiance fort avec son propriétaire.

Son éducation et ses apprentissages que l’on appellera dans cet article « dressage » (on oublie très vite l’aspect négatif que peut avoir ce terme à cause d’individus qui tentent encore et toujours de mater et dompter des chiens par la force en appelant ça du dressage) doivent commencer très tôt. Avec un chiot ou un chien récemment adopté, on s’attachera à travailler le lien, la confiance en vous comme en lui même, l’autonomie, la socialisation et la familiarisation. Avec un animal déjà présent dans le foyer au moment où survient le handicap, on tachera de bien amplifier ce lien de confiance mais on s’attellera à de nouveaux apprentissages, une nouvelle façon d’éduquer son chien pour lui faciliter la vie et la rendre plus sécure.

Le chien souffrant de surdité

Quelles sont les particularités du chien sourd (partiellement ou totalement) ?: il est souvent plus vigilant, voire hyper vigilant, plus nerveux. Il peut avoir une plus forte tendance à se montrer réactif, à avoir de mauvaises réactions s’il est surpris, à avoir des troubles du sommeil, à faire de l’hyper attachement (si son propriétaire est son seul repère de confiance dans son environnement notamment).

Ce sont des chiens qui ont besoin de calme, de patience, de confiance et que l’on s’adapte à eux. On s’abstiendra (encore plus qu’avec un chien « normal ») de le réveiller par un contact tactile et de les approcher par derrière ou lorsqu’ils sont absorber par une activité.

Il est assez fréquent d’acquérir un chiot sourd car certaines races y sont prédisposées : dalmatien, Jack Russell… (chiens à forts marquages blancs)

Quels outils peuvent vous aider ? Un collier à vibration sera sûrement votre meilleur allié pour attirer l’attention de votre chien et communiquer avec lui. Vous pouvez aussi utiliser une lampe torche comme « marqueur » au même titre que le clicker mais cela a ses limites.. Vous vous en doutez.. en plein jour cela vous aidera peu ! Autre allié de choix : un chien « pilote » ! Eh oui, les chiens apprennent beaucoup et agissent souvent par mimétisme. Travailler aux côtés d’un chien « qui sait faire » l’encouragera à faire de même. Si vous lâchez votre chien, vous aurez aussi plus facile à faire revenir le chien sourd si vous avez à ses côtés un chien entendant qui répond au rappel. Le chien « pilote » sera un peu ses oreilles pour lui signaler un bruit ou un appel.

Comment travailler avec un chien souffrant de surdité totale ? En méthodes positives bien sûr;) Il faut comprendre que vous devrez communiquer avec votre chien par des gestes. Vos mains ne doivent donc surtout pas être de près ou de loin associées à quelque chose de dangereux, de négatif, de menaçant.

Le chien par nature porte une grande importance aux gestes, mimiques, postures, expressions du visage. Le chien sourd sera donc aidé par cette nature « non verbale ». Pour lui, pas besoin de trop s’adapter. Mais pour vous, humain de nature « verbale », ce sera sûrement plus compliqué. C’est donc surtout vous qui allez devoir travailler.

On utilisera autant que possible le « shapping » ou façonnage (renforcement de tous les petits comportements qui vont dans le sens de ce qu’on attend du chien) qui permet de fixer des comportements sans utiliser d’ordres.

Un ordre capital à apprendre à son chien sourd : le « look » ou « fixe ». C’est à dire faire que le chien vous regarde VOUS au moment où vous lui demandez. C’est la base de votre dressage car si votre chien ne vous regarde pas, vous pourrez toujours avoir une bonne maîtrise des ordres gestuels… Votre chien ne les verra pas.

On pourra trouver un grand intérêt à utiliser des objets de motivation tels qu’une balle, un tug ou un boudin de mordant.

Une attention toute particulière doit être portée à l’inhibition de la morsure. Les chiots apprennent très vite à contrôler leur force de mâchoire en fonction de la sensibilité de leur copain de jeu du moment. Chaque chien a sa tolérance à la morsure et certains vont couiner au moindre pincement alors que d’autres trolleront une pincé plus appuyée avant de crier. Sauf que là… Votre chien n’entend pas les plaintes des autres chiens. Il peut donc avoir tendance à serrer plus fort, à monter en excitation plus facilement. Lors de ses interactions avec les humains, on pourra fixer un signal d’arrêt qui remplacera le cri. A vous de trouver le votre sans tomber dans un geste menaçant ou coercitif. (on pourra toucher le museau mais on évitera par exemple de le serrer). Sinon, l’ignorance marche aussi bien avec un chien souffrant de surdité donc, s’il s’énerve et pince : stoppez l’interaction !

 

Le chien souffrant de cécité

La cécité chez le chien survient le plus souvent au cours de sa vie. Soit avec l’âge, dans ce cas la perte de la vue est progressive (cataracte le plus souvent), le chien a le temps de s’y accoutumer et son organisme vieillissant en même temps que ses yeux, ils sont en général moins actifs et moins téméraires lorsque cela survient. Ce sont aussi des chiens qui, de fait, ont déjà une éducation acquise.

Mais un chien peut aussi perdre la vue dans la force de l’âge et de façon plus ou moins brutal. Une maladie dégénérative peut en être la cause, mais aussi un diabète un glaucome aigu, luxation du cristallin, atteinte rétinienne, uvéite, ulcère…

Il est, comme pour le chien sourd, primordial de limiter l’anxiété générale du chien et de rendre son environnement le plus rassurant possible. Si la perte du sens a été brutale, la réaction du chien peut aussi l’être, il peut être totalement perdu, angoissé.

cataracteQuelles sont les particularités du chien souffrant de cécité : Son ouïe va s’affiner et il peut être plus réactif au moindre bruit, même ceux qui peuplaient autrefois son quotidien. Même si son flair le préviens de l’approche d’un chien ou d’un humain, il peut avoir une mauvaise réaction de surprise. Il faut donc toujours s’annoncer avant de le toucher. Ce sont des animaux qui peuvent perdre confiance en eux, ils se retrouvent à évoluer dans un environnement dont ils ne voient plus ni les dangers, ni les limites, ni les changements. Cela peut les bloquer au point qu’ils n’oseront plus se déplacer. On peut donc aussi avoir des chiens qui vont de désocialiser, se replier sur eux même et perdre tout envie de découverte, de jeu, de communication. Ils peuvent sombrer dans une dépression. Enfin, on peut voir des cas de malpropretés (soit par anxiété soit parce que le chien ne veut plus se déplacer pour sortir faire ses besoins).

Comment travailler avec un chien aveugle ? On devra déjà travailler sur son attention, comme pour le chien sourd, il faut savoir la capter. Ici, on pourra se servir d’un son particulier (claquement de langue, bruit de bouche, claquement de doigt ou autre), ce sera plus simple qu’avec un chien sourd car le signal sonore peut être entendu et reconnu de loin et ce, même si le chien est occuper à renifler ou jouer.

On veillera à développer ou maintenir sa socialisation en le laissant côtoyer des congénères connus ou dont on sait qu’ils seront sympathiques. On en fera de même avec la familiarisation. Il faut que son chien continue de côtoyer du monde et d’entendre des bruits divers, d’aller dans des endroits neufs etc.

Attention sur ce point car un chien aveugle ne peut plus voir les signaux envoyés par les autres chiens, il ne peut repérer les mimiques et les postures. Cela peut donc tourner au conflit. C’est d’autant plus le cas d’un chien aveugle de naissance qui n’aura jamais eu l’occasion d’acquérir les codes de communication canine.

Il faudra bien sûr adapter environnement : ne pas changer de place les meubles et objet sans cesse, lui faire découvrir chaque nouvel objet, ranger ses affaires afin de ne pas laisser d’obstacles imprévus au milieu du chemin. On peut aussi utiliser une rampe pour faciliter la monté en voiture par exemple.

Il faut laisser le chien faire des erreurs, même si cela n’est pas plaisant à voir, s’il se cogne ou bute sur un mur, il retiendra les emplacements de ces obstacles. Si on lui évite tout obstacle, il ne saura jamais définir son périmètre. Là encore, on sent la différence entre un chien aveugle de naissance un chien devenu aveugle brutalement.

Les sorties hors du jardin se feront en longe, toujours, sauf éventuellement au milieu d’un champs. N’oublions pas qu’un bruits ou une odeur peut le faire partir d’un coup et qu’en étant aveugle, non seulement il représente un danger pour lui même (traverser une route, se perdre…) mais aussi pour les autres. La tenue en laisse ou en longe peut aussi grandement le rassurer.

Pour éviter le repli sur lui-même, on n’arrêtera pas de lui proposer des activités. Il faudra juste les adapter ! Pour le rapport d’objet, on peut utiliser des boudins d’apprentissage (qui se remplissent de nourriture) ou des objets à bruits. Les tapis de flair ou de recherche lui permettront aussi de faire fonctionner son flair et de s’occuper avec plaisir. Avec un chien à qui on aura pris la peine de lui apprendre des mots « guides » (droite, gauche, stop, mur, arbres…) on pourra lui offrir des sorties dans de nouveaux lieux qui éveilleront son flair et sa curiosité.

Le chien souffrant de handicap physique

Là encore, l’anticipation est de rigueur. Si votre chien risque peu à peu de perdre l’usage d’un ou plusieurs de ses membres, vous devez vous y préparer et l’y préparer. Les chiens s’adaptent incroyablement bien à devenir un « trois pattes » ou à utiliser un chariot. Très vite, ils vivent avec (ou sans) comme si de rien n’était.

Le plus grand travail sera de commencer l’apprentissage du chariot avant en le désensibilisant (pas forcément en l’utilisant car il risque de paniquer dedans et donc, de se sensibiliser!) mais aussi de l’habituer peu à peu aux manipulations.

Une amputation demande une surveillance et des soins régulier au début.

Un chien paralysé aura besoin de massage, de bain plus ou moins réguliers, de porter une couche, parfois d’être sondé…) autant le désensibiliser à ces manipulations dès que possible.

Il faut tenir compte de l’âge où survient le handicap, un animal âgé s’adaptant moins bien qu’un jeune.

Pour ce qui est de son environnement, il faudra l’adapter tant que faire se peu : rampes sur les marches pour que le chariot passe, barrières en haut des escaliers pour éviter les chutes, harnais spécial pour porter l’arrière train, chariot « tout terrain » pour pouvoir sortir en foret ou en campagne (à noter aussi qu’une poussette peut être un plus pour le sortir sans trop le fatiguer), couchage accessible facilement et très confortable pour éviter les escarres, gamelles surélevées à la bonne hauteur (que le chien soit en chariot ou sur trois pattes!)

Il faudra faire attention à ne pas renforcer involontairement les comportements de dépendances. On renforcera plutôt tous les comportements allant vers l’autonomie avec fortes stimulations. Surtout si le chiens est amené à retrouver par la suite un usage de ses membres (cas des chiens paralysés après une chirurgie de hernies discales)

On voit parfois des chiens nourris à la main qui, du coup ne reprennent pas une alimentation spontanée afin de garder ces moments de « nursing » qui vont avec le temps devenir très contraignants pour le propriétaire. On peut aussi voir des chiens qui , là encore pour profiter du nursing et de l’attention portée sur eux, vont continuer à faire dans une couche ou à ramper alors que, placé dans un autre contexte avec d’autres personnes, ils sont parfaitement capable de faire leurs besoins dans un lieu adapté ou de marcher correctement. Sans être de la « comédie », c’est surtout un comportement appris par le renforcement involontaire de ses propriétaires.

chariot

Le chien souffrant de handicap mental

Avant de parler des chiens souffrant de déficit mental, il faut préciser un point. Il est plutôt question de troubles comportementaux (liés à des problèmes relationnels, environnementaux ou éducatifs) ou de troubles de socialisation (par exemple un chien souffrant de syndrome de privation sensorielle aura l’air limité mentalement… Et il le sera en effet mais plus par manque de stimulations durant ses premières semaines que par un déficit mental de naissance.)

Toutefois on peut se trouver face à des chiens souffrant de syndrome autistique, de TED (trouble envahissant du développement), HS-HA (hyper sensible-hyper actif) qui nécessiteront un apprentissage particulier. Ils ne seront pas moins intelligent mais apprendront différemment !

On peut aussi parler des chiens âgés qui vont tomber dans une sénilité plus ou moins marquée et donc perdre de leurs capacités cognitives. Ils désapprendront les comportements acquis et en apprendront moins facilement de nouveaux, voir plus tout. Dans ce cas, il s’agira surtout de s’adapter soi même et d’adapter l’environnement.

On peut aussi avoir un chien qui suite à un traumatisme ou une maladie perdre aussi de ses capacités cognitives et aura des troubles neurologiques (suite à un AVC, un traumatisme cranien, épilepsie, maladie de Carré…)

On peut se poser la question de savoir s’il existe des chiens trisomiques comme dans l’espèce humaine. La trisomie se caractérisant par une anomalie des chromosomes (3 au lieu de 2) et le mécanisme de meiose et de transmission des chromosomes étant les mêmes chez les mammifères, il peut autant y avoir de cas de trisomie chez le chien que chez l’humain. Toutefois, le nombre de chromosomes n’étant pas le même (46 chez l’humain contre 78 chez le chien), une trisomie 21 par exemple, ne se caractérisera pas se la même façon.

Pour conclure sur ce sujet (pour le moment!) je soulignerai l’importance de l’anticipation. Anticiper l’apparition du handicap lorsqu’il est prévisible, anticiper les risques pour votre animal dans son foyer ou lors des sorties.

Utilisez des outils non coercitifs et qui vous rendront la vie plus facile mais aussi celle de votre animal plus sécure : harnais anti-traction, longe pour les balades, harnais ou dossard pour demander de l’espace (cf notre article à ce sujet  http://www.unite-comportement.fr/2016/09/07/faut-il-mettre-les-warning/)

La cage sera utile aussi dans la voiture (ou au minimum un harnais!). Pensez bien que plus que pour tout autre chien, il est important que votre compagnon handicapé voyage en toute sécurité. Si un accident venait à survenir et que la voiture était ouverte (par le choc ou par les services de secours), il serait bien sûr compliqué de remettre la main sur votre chien s’il est sourd ou aveugle !

Enfin, pensez à faire appel à un professionnel qui vous aidera et vous guidera pour établir ou maintenir un lien de confiance entre vous et votre chien, mais aussi pour vous former au clicker, pour vous aider à l’apprentissage de nouveaux comportements etc…

Pour ma part je vous conseille aussi de vous tourner vers les Fleurs de Bach qui pourront aider votre chien à mieux vivre son handicap. Bien sûr, elles peuvent aussi vous aider !

Contactez-moi si vous avez besoin de précisions ou de conseils individualisés !