Le stress chez le serpent

Le serpent est un animal pour qui le dicton « pour vivre heureux, vivons cachés » prend tout son sens. Sa timidité le rend extrêmement sujet au stress* lorsqu’il est maintenu en captivité. Le Python Royal (Python Regius), serpent très populaire parmi les terrariophiles est particulièrement connu pour sa sensibilité.

Qu’est ce qui peut stresser un serpent ?

Les sources de stress physiologique inhérentes à la captivité sont nombreuses et sont liées à l’environnement du serpent et aux interactions qu’il peut avoir avec l’Homme.

L’environnement

Le terrarium est le lieu de vie du serpent, il y passe tout son temps. Si un élément le contrarie ou n’est pas adapté à ses besoins, il ne peut s’y soustraire et développera alors un stress chronique.

Le bac en lui même est donc très important: Terrarium manquant de cachettes (le serpent a besoin d’évoluer à couvert et de pouvoir se cacher sous ou dans quelque chose : souche, « grotte », feuillages etc.), bac trop petit, changement de terrarium (nouvel achat, changement de bac à l’âge adulte, terrarium cassé etc.) ou déplacement du bac dans le logement peuvent causer du stress chez un serpent. De même, si les terrariophiles savent l’importance du bon maintien des paramètres d’un terrarium (températures, hygrométrie, éclairage), ils doivent avoir conscience que des variations importantes des températures ont des conséquences négatives sur l’animal.

Ce qui se passe autour du terrarium a aussi un impact sur le serpent. Des passages multiples devant les vitres d’humains ou d’animaux de compagnie, des vibrations importantes liées à la proximité du terrarium avec une télévision ou une radio fatiguent nerveusement un serpent. Il faut aussi faire attention à la luminosité de la pièce. N’oublions pas que les serpents ont une activité essentiellement nocturne. Les maintenir dans une pièce où la lumière reste allumée tardivement provoque un dérèglement du cycle jour/nuit, ce qui stresse l’organisme.

Les serpents sont des animaux solitaires. Ils ne se regroupent généralement que pour la reproduction ou pour des périodes d’hibernation comme chez les crotales (Crotalus oreganus) qui se réunissent en nid de plusieurs dizaines, voire centaines d’individus aux U.S.A. De fait, il n’est pas fait pour partager un aussi petit espace qu’un terrarium et il peut subir un stress de concurrence. Les cohabitations inter-spécifiques sont encore plus problématiques car cause un stress encore plus important pour les serpents devant vivre dans le même environnement.

Enfin, le parasitisme, fréquent notamment chez les animaux importés, est aussi une cause de stress. L’animal se sent mal, change ses habitudes pour s’apaiser (se baigne plus longtemps et plus souvent, déambule beaucoup pour se frotter aux éléments de décoration etc.) ce que les serpents aiment assez peu ! De plus, l’affaiblissement de l’organisme face aux parasites provoque aussi un stress général.

10432475_10153414962399536_7881037224363027138_n-copie

Les interactions serpents-terrariophiles

Les serpents ne sont pas des animaux de compagnie. Ils doivent être observés plus que manipulés. Certains sont plus tolérants que d’autres aux interactions avec leur propriétaire mais d’une façon générale, les manipulations doivent être réduites au minimum.

Des manipulations répétées et trop longues surtout pour des animaux non habitués (importés, juvéniles etc.) sont peu appréciées des serpents. Leur stress n’est pas forcément visible sur le moment, ce qui conduit certains terrariophiles à poursuivre les interactions.

Plus grave encore, les manipulations pendant la digestion (2 à 4 jours en moyenne) ou la mue (le serpent est plus vulnérable à ce moment et perd de son acuité visuelle, ce qui rend les sorties du terrarium encore plus stressantes).

Autre interaction fréquente chez les animaux logés en système de rack et particulièrement angoissante pour le serpent : l’ouverture brusque du bac sans prévenir l’animal avant (par un tapotement ou une ouverture en deux temps par exemple).

Certains actes techniques comme le gavage, semi-gavage, sexage par sonde ou par extériorisation des hémipénis ne sont (ou ne devraient être) pratiqués que par des terrariophiles avertis. Ceci pour ne pas blesser l’animal bien sûr, mais aussi afin d’être réalisés rapidement pour en limiter le stress, inévitable lors de ces actes invasifs.

Le nourrissage des serpents de façon « naturelle » peut aussi être une cause de stress. Un sous nourrissage par exemple, provoquant une sensation de faim est stressant pour l’organisme. Le nourrissage avec des proies vivantes cause aussi un stress plus ou moins important qui est souvent négligé par le propriétaire qui n’imagine pas forcément qu’un prédateur puisse être impressionné par sa proie. Néanmoins, le serpent qui n’a pas faim aura peur (à raison) de sa proie qui, en vase clos, pourra devenir le prédateur à son tour ! De même, voir le rongeur déambuler sous son nez, ne pas parvenir à l’attraper peut aussi être source de stress. Les cas de morsures d’un rongeur sur un serpent sont fréquents, avec parfois des conséquences graves. Il va de soi qu’une morsure de défense ou d’attaque d’un rongeur sera une cause de stress importante pour l’animal sur le moment, mais aussi lors des repas futurs.

Conséquences et remèdes

La réaction du serpent face à une situation stressante est à caractère non-spécifique. C’est-à-dire qu’elle est sous l’influence de plusieurs facteurs (intrinsèques et extrinsèques de l’animal). Elle dépend du patrimoine génétique du serpent, de son état physiologique, de son vécu (expériences) mais aussi de l’intensité et de la durée du stimulus (HENRY, 1993).

L’organisme répond au stress par des changements comportementaux mais aussi par des réactions qui passent plus inaperçues aux yeux du propriétaire: réactions neurologique, psychologique, métabolique et endocrinienne.

Troubles du comportement alimentaire

Le plus connu est l’anorexie. C’est un trouble fréquemment rencontré chez le Python regius qui peut ainsi rester des mois sans se nourrir suite à un stress brutal ou chronique. Le repas du serpent devient donc source d’inquiétude pour le terrariophile, qui de fait, observe de façon insistante son serpent au moment du nourrissage, ce qui peut avoir l’effet pervers de stresser encore plus l’animal.

L’anorexie prolongée (délai variable selon l’âge de l’animal) peut conduire à une fatigue importante et à la mort de l’animal.

La régurgitation est également connue et redoutée des propriétaires de serpents. Elle survient le plus souvent lorsque l’animal est dérangé ou manipulé durant sa phase de digestion ou en cas de températures trop basses. Lorsqu’elle est occasionnelle, le risque est limité pour la santé de l’animal mais lorsqu’elle devient récurrente, elle provoque des brûlures dues à la remontée des sucs gastriques et une anorexie.

Autre trouble à la fois alimentaire et comportemental, l’ourobolos ou serpent qui se mord la queue. La cause est une sous nutrition ou un manque de place. Le serpent ne prend pas conscience de son corps et le confond avec un congénère. Il se mord alors la queue et commence à l’ingérer. Ses dents étant en forme de crochets incurvés en grappin, il ne peut alors plus faire marche arrière. Il va alors s’autodigérer ou s’étouffer. Il est capital d’intervenir très rapidement, avant que les sucs gastriques n’attaquent les chairs. Ce comportement est plus fréquent chez les serpents ophiophages (serpents consommant régulièrement ou occasionnellement d’autres serpents) tel que le populaire serpent roi (Lampropeltis sp.) mais peut aussi se rencontrer chez les pythons.

Lorsqu’il y prête attention, le terrariophile peut aussi remarquer un changement d’aspect des excréments et de l’urée en cas de stress.

Troubles des comportements exploratoire et agonistique

Le serpent stressé fera preuve d’agressivité ou de léthargie. On constate des variations en fonctions des individualités bien sûr mais d’une façon générale, on peut dire que les Python regius seront plus facilement léthargiques qu’agressifs alors que ce sera plutôt l’inverse pour les Lampropeltis ou les Boa constrictor sp.

Un serpent qui passe beaucoup de temps dans sa gamelle d’eau ou au sol, « à découvert » mérite aussi de l’attention car cela peut être l’expression d’un stress chronique.

1924392_10152680988559536_6284006484023889175_n-copie

Que faire en cas de stress ?

Dès lors qu’un stress est suspecté, il convient de revoir en premier lieu les conditions de maintien de l’animal : l’emplacement et l’aménagement du terrarium, les paramètres, l’alimentation (donner des proies mortes ou « assommées » ou une plus petite pour relancer la prise alimentaire). Il faut aussi augmenter le nombre de cachettes et cesser toute cohabitation intra ou inter spécifique. En cas de maintien de plusieurs individus dans un même bac, il faudra au moins tâcher de faire des nourrissages individuels et de leur offrir un espace suffisant.

Dans son rapport avec l’animal, le terrariophile devra veiller à respecter les postures de défense du serpent, à stopper les manipulations avant de les reprendre à un rythme réduit au minimum (deux fois par semaine, quelques minutes seulement).

En cas de transport, certaines mesures doivent être prises telles que maintenir une bonne température et installer le serpent dans un petit container ou mieux, dans un sac en tissu opaque.

Enfin, lorsque le stress cause des régurgitations, un amaigrissement ou une anorexie, un vétérinaire doit être consulté pour éviter que la santé de l’animal ne se dégrade.

* Le stress a été défini en 1956 par SEYLE sous le concept suivant : « l’exposition à des facteurs environnementaux entraîne une réaction non-spécifique. Cette réaction est caractérisée par une augmentation de l’activité hormonale et facilite le retour à l’homéostasie

Cet article a été publié dans le numéro 5 de l’Emag Vox Animae dont les articles sont consultables ici: http://www.vox-animae.com/emag-05#features/3