Et s’il avait mal ?

La douleur est la première cause de modification comportementale et la première cause de réponse négative chez le chien.

Bon nombre d’agressions d’irritations par exemple auraient pu être évitées si on avait pu déceler le mal dont souffraient les chiens.

Les propriétaires ne pensent en général pas à un éventuel problème médical lorsqu’un changement de comportement survient. N’importe quel vétérinaire consulté pour ce motif cherchera en premier une douleur ou un problème hormonal voire neurologique. Un bon comportementaliste soulignera également ces possibilités et référera l’animal à un vétérinaire pour un bilan de santé. Le risque de passer à côté est en revanche plus important si les seules personnes prises pour conseils sont des propriétaires « lambdas », des moniteurs de clubs ou des éducateurs. Beaucoup d’entre eux n’ont pas de vécu ou de connaissances dans le domaine de la santé.

Travaillant également en clinique vétérinaire, je vous fait part ici de ma double expérience.

Comment repérer les signes de douleur ?

Il y a deux types de douleurs si on veut résumer les états algiques assez grossièrement. Les douleurs aiguës et les douleurs chroniques (qui reviennent régulièrement).

En cas de douleur aiguë, on peut lire des signes d’angoisses chez le chien, l’expression du regard change. Pour cela il faut être attentif à son animal.

D’autres signes sont plus évidents : salivation, vocalises, actes d’automutilation, modification de l’appétit ou de l’activité motrice (le chien ne se déplace plus, ou au contraire est très agité…). Son rythme cardiaque et/ou respiratoire est aussi chamboulé. Au niveau biochimique, on peut constater des anomalies (cortisol, glycémie…) c’est pourquoi en cas de suspicion de douleur, le vétérinaire peut proposer un bilan sanguin.

En cas de douleur chronique, le comportement du chien est plutôt « figé ». Ses mouvements sont plus ralentis, il adopte des postures basses, montre de la raideur. On lit des signes de stress, de « tristesse ». Le chien cherche moins le contact, voire fait preuve d’un réel évitement. Il s’isole, refuse le contact ou propose des signes d’apaisement si on le pousse au contact. Un bon nombre de chiens vont aussi lécher ou gratter les zones algiques de façon répétée et/ou exagérée.

On peut reconnaître les signes de douleur chez son chien mais on peut aussi l’envisager et la prévenir en fonction de son âge ou d’une situation particulière. Par exemple, avec un jeune chien, on doit rester à l’écoute et surveiller les douleurs dentaires ou de croissance. A l’inverse chez un chien âgé, on pourra s’attendre à des douleurs arthrosiques.

D’autres moments de la vie de son chien peuvent être source de douleur : pendant une gestation ou après une mise bas, après une opération de chirurgie ou bien sûr, après un traumatisme, même léger.

Quel impact sur son comportement ?

Les problèmes comportementaux peuvent avoir des causes intrinsèques et extrinsèques. C’est à dire qu’ils peuvent être liés à l’animal en lui même ou la conséquence d’événements ou d’éléments extérieurs à l’animal (environnement, action des « humains », matériel utilisé…).

La douleur fait partie des causes intrinsèques. Son impact dépend de son origine.

  • Les affections endocriniennes (hypothyroïdie, hyperproléctinémie..) entraînent une transformation du métabolisme basal. Ceci influe sur la perception que le chien a de son environnement et sur les réponses émotionnelles et motrices qu’il peut présenter.
    Une tumeur testiculaire par exemple entraîne une augmentation du taux de testostérone qui peut provoquer des comportements agressifs une certaine excitabilité ou des stéréotypies.

    En cas d’hypothyroidie, on note des douleurs au niveau de la peau mais aussi de type rhumatismales ce qui rend le chien réactif aux manipulations et au toucher.

  • Les affections douloureuses sont à l’origine d’associations négatives chez le chien entre la douleur et son environnement. Ce sont des causes fréquentes de douleurs et de mauvaises réactions car liées à de « petits maux » courants. Par exemple : otites, arthrose, douleurs dentaires, maladies génitales, abcès des glandes anales. Ces problèmes rendent le chien irritable et algique aux manipulations. Les vieux chiens peuvent ainsi mordre subitement un enfant en le voyant arriver, uniquement car ils redoutent un contact (les enfants cherchent parfois à s’appuyer sur le chien ou à le prendre dans leurs bras)

    Une atteinte de prostate (hyperplasie par exemple), provoque aussi des douleurs diffuses.

  • Les affections nerveuses modifient le comportement du chien, sa motricité et sa réactivité. On peut ici citer les chiens souffrant d’épilepsie, encéphalopathies, neuropathie (syndrome de la queue de cheval, tumeurs…). Nul doute qu’en cas d’encéphalopathie ou de tumeur cérébrale le chien peut souffrir de maux de tête qui peuvent le rendre plutôt irritable. Un chien épileptique présentera des vocalises, déambulations, désorientation mais ne souffre pas à proprement parlé.

  • Les déficits de perception sensorielle, très fréquents chez les animaux âgés modifient fortement la perception de leur environnement.

    Un chien souffrant de surdité, de cécité ou anosmique (trouble de l’odorat) se sent perdu dans son environnement pourtant habituel, il réagit plus vivement et présente des comportements de défense ou des agressivités par peur et surprise.

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Attention, la senescence peut regrouper tous ces problèmes et y ajouter en plus une perte des repères, de la « malpropreté » (incontinence ou oubli des apprentissages de la propreté), une perte d’intérêt pour les relations intraspécifiques ou pour les interactions avec les humains.

Que faire ? Par quoi commencer ?

1/ Avant tout il faut gérer cette maudite douleur ! Pour cela, l’aide du vétérinaire est indispensable. Il prescrira à votre compagnon le meilleur antalgique possible selon le type de douleur.

2/ Une fois l’antalgique actif, on peut procéder à un contre conditionnement afin par exemple d’associer l’usage d’une compresse (ou d’un produit oreille, ou d’une pose de bandage…) à une friandise (de grande valeur ! N’oubliez pas que le chien a mal et peut être peur de la douleur éventuelle). Le clicker vous sera ici d’une grande aide.

Par exemple :

Etape 1 : Cliquez-Récompensez (CR) à l’approche de la zone à traiter (par exemple l’oreille)

Etape 2 : CR au maintien de la main quelques secondes au dessus de cette zone

Etape 3 : CR au toucher bref et doux de la zone

Etape 4 : CR au passage de la compresse sans le produit et à l’approche de la bouteille du produit

Etape 5 : CR à la manipulation finale (nettoyage de la zone ou mise du produit dans l’oreille etc.)

3/ Modifier l’environnement et les activités habituelles du chien. Réduire l’exercice quotidien, adapter les promenades (sol plus stable, moins de montées, distance plus courte, moins de stimulations et de passage pour les chiens devenus aveugles par exemple. On peut aussi faire plus d’activités calmes, ou mentales pour distraire le chien sans solliciter son organisme. Récompenser plus le chien et lui faire faire des activités qui lui plaisent.

Le couchage peut aussi nécessiter des aménagements (tapis à mémoire de forme pour les chiens arthrosiques ou souffrant de hernies, couchage plus moelleux ou surélevé etc.), de même que les lieux d’alimentation (gamelle surélevée notamment), rampe pour accéder à la voiture ou pour éviter des escaliers, environnement « épuré » et rangé pour les chiens ayant des troubles moteurs ou une perte d’acuité visuelle…

Un harnais sera aussi recommandé pour les chiens ayant des douleurs cervicales ou dorsales mais aussi pour les chiots en pleine poussée dentaire.

4/ Modifier l’alimentation. Certaines affections peuvent se voir améliorées par une alimentation spécifique (aliment complémenté en chondroprotecteurs pour les chiens arthrosiques, aliment hypoallergénique qui limitera les irritations et plaies de grattage/léchage, aliment diététique aidant à rééquilibrer les troubles thyroïdiens etc.

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Bien évidemment, tout utilisation d’outils coercitifs est à proscrire. En créant de la douleur, les colliers électriques, à pointes ou étrangleur créent aussi de l’anxiété et provoquent des réponses parfois violentes. Les chiens peuvent devenir réactifs au passants, aux autres chiens ou agresser leur propriétaire sous le coup de la douleur.

Là encore, j’insiste sur l’importance de la prévention par des check-up réguliers, des traitements en début de maladie sans attendre, une surveillance particulière des chiens âgés avec une bonne prise en charge des « maux de vieillesse » et des habitudes préservant l’organisme de son animal (peu de montées et descentes d’escaliers, pratique raisonnée d’un sport canin avec une attention particulière portée à l’échauffement et à la récupération)…